documentation: Florent Tremblay
Affranchissement paysager, exposition de Manuel Bisson, du 30 janvier au 21 février 2026
Les œuvres présentées dans Affranchissement paysager s’inscrivent dans la recherche perpétuelle de Manuel Bisson sur les paysages de l’intérieur : rêveries, fantasmes et représentations mentales.
Évoluant au seuil de l’abstraction, sa peinture donne forme à des environnements de l’entre-deux, où se confondent intériorité et extériorité, perception et projection. Plus figuratives que jamais, ces œuvres ouvrent une nouvelle voie dans sa pratique tout en prolongeant ses enjeux fondateurs.
La peinture de Bisson ne vise pas la représentation du paysage, mais son processus d’émergence. Elle se déploie comme un territoire de signes ambigus, ni tout à fait paysage, ni tout à fait corps, où les formes oscillent entre abstraction et organicité. Fleurs, tiges, lignes géométriques, embrasures, arches, scintillements ou voilages apparaissent comme des éléments interdépendants, soumis à une logique propre à chaque tableau. À travers un travail de superposition, de rythme et de modulation chromatique, l’artiste construit des espaces habités, organisés par des couches visibles et invisibles qui soutiennent, filtrent et orientent la perception.
Cette logique se prolonge dans l’espace d’exposition lui-même, entièrement enveloppé de géotextile. Habituellement dissimulé sous la surface des sols, ce matériau agit comme une membrane : il sépare autant qu’il relie, stabilise sans figer, et permet la croissance en contrôlant les flux. À l’image des paysages peints, le géotextile devient un support discret mais actif, un entrelacs qui rend possible l’émergence d’un milieu tout en demeurant en retrait.
Se présentant comme des spectacles picturaux, les tableaux mettent en scène des écologies oniriques matérialisant des territoires parcourus de cours d’eau, peuplés de plantes, de pierres, de haies de jardin, d’objets et de formes énigmatiques. Ces compositions prennent vie devant — au travers ou derrière — des voilages qui évoquent autant le rideau que le seuil perceptif. Elles proposent des jardins aux formes libres, au-delà de la reproduction imagée, rejouant des dynamiques internes de croissance, de répétition, de dérive et de débordement.
Les œuvres de Manuel Bisson, comme des écosystèmes mentaux issus d’une archive intime
métabolisée, donnent corps à des espaces où mémoire, affect et récit personnel se fondent et se
transforment. Chaque œuvre devient ainsi une manière d’habiter et de modeler le paysage,
transformant l’espace en milieu fertile et sensible. Ce qui importe alors n’est pas tant ce qui est montré que ce qui affleure : une perception fragile, incomplète, foisonnante, toujours rejouée par le regard.